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Au service de la Syldavie à l'étranger

Histoire de la Syldavie

Royaume du Pélican Noir

Le Royaume de Syldavie, niché dans les Balkans entre la Bordurie, la Croatie et la côte adriatique, perpétue depuis sa capitale, Klow, un héritage monarchique de près de neuf siècles, plusieurs fois interrompu et toujours rétabli. Peintures, manuscrits, photographies et objets des collections nationales en retracent ici les principales étapes.

Mosaïque byzantine représentant Justinien Ier, basilique San Vitale de Ravenne

Mosaïque de l'empereur Justinien, basilique San Vitale, Ravenne, VIe siècle
Photographie : Petar Milošević (CC BY-SA 4.0)

Avant le VIe siècle : les Illyriens, Rome et Byzance

Jusqu'au VIe siècle, la Syldavie était peuplée de tribus illyriennes, rassemblées vers 385 avant notre ère par le roi Bardylis, dont la capitale s'élevait au bord du lac de Shköder. C'est au pélican frisé de ces rives que les généalogies royales rattacheront plus tard l'emblème national, que l'héraldique médiévale rendra en sable, c'est-à-dire en noir. Rome soumit la région en 168 avant notre ère ; au partage de l'Empire, en 395, la nouvelle frontière traversa le pays. L'empereur Justinien (527-565) y laissa la chapelle qui forme aujourd'hui la partie la plus ancienne du château Kropow.

Aquarelle d’une migration vers les hauteurs : une colonne de familles traversant une vallée de montagne verdoyante, un homme barbu en tunique rouge et manteau ouvrant la marche, la lance à la main, des femmes en fichu et un bœuf noir parmi elles, la file s’étirant vers les sommets lointains

Interprétation artistique des premières tribus syldaves traversant les vallées
Aquarelle par L. Mirovich (1961)

VIe-IXe siècle : l'arrivée des Syldaves et la principauté

Au VIe siècle, des populations slaves migrèrent dans la région. Les Syldaves étaient de ces Slaves méridionaux, venus du nord de l'Ukraine. On pense qu'ils avaient auparavant vécu près d'un siècle au contact de peuples germaniques, dont ils auraient partiellement adopté la langue. Ils apparurent sur le Danube sous Justinien, payés par Byzance pour en garder la frontière avec les Avars. Quand Justin II cessa de les payer, ils se retournèrent contre leurs protecteurs : à partir de 586, les armées syldaves franchirent le fleuve et prirent le territoire qui porte depuis leur nom. Byzance éteignit la menace en les intégrant : les Syldaves firent allégeance à l'empereur, mais gardèrent la région, érigée en principauté autonome, et se convertirent au christianisme de rite oriental au IXe siècle.

Miniature de manuscrit : des guerriers en turban, boucliers ronds et sabres courbes, escaladent des échelles contre les murs roses en flammes d'une ville, une église à coupole bleue derrière ; une galère à rames mouille au rivage, un étendard au croissant au-dessus des assaillants

La flotte sarrasine emporte Bari, 847
Miniature d'une chronique byzantine, XVe siècle

IXe-Xe siècle : les raids arabes et le repli dans les montagnes

Les raids arabes se multiplièrent dans l'Adriatique dès le IXe siècle, un temps contenus après la victoire de Louis II et de Basile Ier à Bari en 871. Mais dans les années 950, la Syldavie, affaiblie et lâchée par des Byzantins occupés ailleurs, vit les pirates arabes se rendre maîtres des plaines fertiles, repoussant les Syldaves dans les montagnes. La tradition les appelle Turcs, et le fait encore : ce sont les chroniqueurs du XVe siècle qui, sous la menace ottomane, rebaptisèrent l'ancien envahisseur pour rappeler au pays qu'il l'avait déjà vaincu une fois. Ces siècles de conflit posèrent les fondations de la longue lutte syldave pour la souveraineté.

Peinture d’histoire de la bataille de Zileheroum : des guerriers en cotte de mailles, casques pointus et boucliers ronds, luttant corps à corps à l’épée et au sabre courbe, deux chevaux sombres dans la mêlée, un pennon rouge levé à gauche, les morts au premier plan sous un ciel chargé de fumée

La bataille de Zileheroum
Huile sur toile par Arkan Dbrant (1876)

1127 : Libération et fondation du royaume

Après des décennies d'exil dans les hautes terres, les tribus syldaves déplacées furent unifiées par Hveghi, un chef dont les forces comprenaient des descendants de chevaliers flamands établis dans les vallées depuis la fin du XIe siècle, parmi eux les ancêtres de la Maison de Douma. Menant une audacieuse campagne depuis les montagnes, il infligea une défaite décisive aux occupants lors de la bataille de Zileheroum. La légende nationale rapporte qu'à la veille de la bataille, Hveghi vit un grand pélican noir descendre d'un ciel sans étoiles, un parchemin d'or dans le bec ; y voyant un signe de faveur divine, il fit hisser le pélican noir sur ses bannières à l'aube, et l'oiseau couronne l'étendard syldave depuis lors. Fort de sa victoire, il fut élu roi par ses troupes et régna sous le nom de Muskar Ier, « le roi valeureux » (1128-1168), fondant la monarchie syldave. L'ancienne capitale, Zileheroum, fut renommée Klow, « la ville reconquise ».

Icône orthodoxe sur fond d'or : saint Wladimir couronné et nimbé, une croix dans une main et un rouleau déployé dans l'autre ; le Christ en majesté entre deux anges au-dessus, de petits saints dans les bordures latérales, inscriptions cyrilliques

Saint Wladimir de Kiev
Icône russe peinte pour le neuvième centenaire du baptême de la Rus', 1888. Domaine public

1160 : Saint Wladimir, patron du royaume

Muskar Ier introduisit en Syldavie le culte de saint Wladimir de Kiev. Le choix était délibéré. Les Syldaves faisaient remonter leurs origines au nord de l'Ukraine, et le prince qui avait baptisé la Rus' en 988 leur donnait à la fois un lien ancestral et une légitimité chrétienne. Élu par ses troupes plutôt que né sur le trône, Muskar trouvait en outre en Wladimir un patron qui avait lui-même été souverain.

Muskar obtint la relique lors d'une ambassade à Kiev. Le grand-prince Mstislav le reçut et le mena au tombeau de Wladimir, où les moines gardiens en détachèrent un fragment pour la Syldavie. La tradition veut qu'au retour le cheval qui la portait s'arrêta devant Klow et frappa le sol ; l'eau jaillit de l'empreinte du sabot, et la source alimente la ville depuis. La relique fut déposée à Kropow, où elle est restée : elle ne quitte le château que la veille de la fête.

En 1160, Muskar fit élever la cathédrale Saint-Wladimir pour recevoir la relique chaque année. Wladimir devint le patron du royaume, et sa fête la principale date du calendrier syldave.

Muskar ne suivit pas son patron en tout. Là où Wladimir avait baptisé une nation, il ne proclama aucune religion d'État : les communautés musulmane et israélite déjà établies en Syldavie conservèrent leur culte.

Peinture de Klow sous l’occupation bordure : des soldats en casque d’acier et surcot rouge à la moustache noire de Bordurie, la lance au poing, sur une place pavée, un porte-étendard à cheval avec une bannière rouge au même emblème, des habitants agenouillés à droite, un minaret, une mosquée à coupole et un château perché à l’arrière-plan

Klow sous occupation bordure
Huile sur toile par Ferenc Vladoff (1892)

1168-1195 : Déclin et annexion

À la mort de Muskar Ier en 1168, son fils Muskar II monta sur le trône. N'ayant pas l'autorité de son père, il peina à maintenir l'ordre face à la montée des factions nobles et des querelles internes. Cette instabilité affaiblit considérablement le jeune royaume. En 1195, l'État voisin de la Bordurie envahit la Syldavie et l'annexa : les coutumes locales furent réprimées et les institutions nationales détournées au service de l'autorité bordure.

Statue de calcaire érodée dans une niche à colonnes : un guerrier tête nue et sans couronne, à l'épaisse moustache tombante, en haubert de mailles et surcot, les deux mains posées sur le pommeau d'une épée pointe en bas ; à son côté un écu en amande gravé d'une seule moustache stylisée

Figure traditionnellement identifiée comme Zsnôrr
Calcaire, XIIIe siècle. Citadelle de Zbrenow

1195-1275 : L'interrègne bordure

L'annexion de 1195 ouvrit quatre-vingts années durant lesquelles la couronne syldave se prit par la force et se perdit de même. Hôikgang (1195-1198), le général bordure qui avait conduit l'invasion, fut tué par son propre aide de camp Szônett (1198-1199), abattu à son tour dans l'année, alors qu'il chassait. Son neveu Prîtzzy (1199-1200) mourut lors d'une razzia au-delà de la frontière orientale, et Mânir (1200-1222), autre général à s'être donné le titre royal, fut renversé par son propre chef d'état-major.

Ce chef d'état-major régna sous le nom de Tôpp Ier (1222-1223), que ses convictions pacifiques distinguaient de ses prédécesseurs, et que la peste emporta au bout d'un an. Son fils Tôpp II poursuivit son œuvre jusqu'à ce qu'un chef de guerre venu de Turquie, Zsnôrr, le jette à bas du trône et le laisse périr de froid et d'inanition dans sa geôle. Zsnôrr ne se donna jamais la peine de se faire couronner. Il tint le pays une soixantaine d'années sous la dictature que les chroniques appellent le règne de Zsnôrr le Sanglant, et c'est pour y mettre fin que les tribus de l'est se rassemblèrent derrière le baron Almaszout.

Peinture d’histoire de la reprise de Klow par le baron Almaszout : un chevalier en armure et manteau rouge sur un cheval blanc cabré, l’épée tirée, entraînant ses hommes parmi les morts, une bannière jaune au pélican noir levée derrière lui et le château sur sa hauteur au-dessus

Triomphe du baron Almaszout à Klow
Huile sur toile par Gregor Mieslav (1882)

1275-1277 : Indépendance face à la Bordurie

Quatre-vingts ans d'occupation bordure prirent fin lorsque les tribus de l'est se donnèrent un chef. Le baron Almaszout rassembla ses forces, descendit sur Klow et mit un terme à la dictature de Zsnôrr.

Victorieux, il fut couronné roi Ottokar Ier, mais la noblesse qui l'avait porté lui fit payer sa couronne : une charte, comparable à la Grande Charte anglaise de 1215, borna ses pouvoirs. Le royaume qu'il venait de rendre aux Syldaves entrait du même coup dans sa longue période féodale.

La maison qu'il fonda porte son nom et règne toujours : sept siècles et demi plus tard, le souverain de Syldavie est encore un Almaszout.

Vitrine de musée présentant du matériel de mine médiéval : un pic à lourd manche de bois et tête de fer dressé sur son support, un coin de fer posé devant lui, une lampe à huile à crochet sur un socle et deux blocs de minerai de plomb argentifère scintillant ; derrière la vitre, un fond photographique montre l’entrée d’une galerie dans la montagne, à côté d’une bannière jaune au pélican noir

Outils des mineurs des Zmyhlpathes : pic, coin, lampe à huile et blocs de galène
Bois, fer et plomb argentifère, XIIIe-XIVe siècle. Vitrine du Musée de la Mine, Sbrodj

1277-1298 : Fragmentation féodale

Après le couronnement d'Ottokar Ier, la Syldavie entra dans une longue période de décentralisation féodale.

Cette époque vit la montée des châteaux fortifiés, des milices locales et des luttes de pouvoir entre factions nobles, affaiblissant la monarchie et fragmentant l'autorité nationale. C'est également durant cette période que les souverains syldaves firent appel à des guildes minières flamandes et wallonnes pour exploiter les mines d'argent et de fer des Zmyhlpathes, amenant une seconde vague de colons des Pays-Bas méridionaux dont les dialectes brabançons contribuèrent à façonner la langue nationale. La fragmentation devait durer trois règnes.

Gravure : un roi trônant, couronne byzantine et vêtements ornés de pierreries, tend une charte à un savant incliné ; des clercs écrivent à une table à gauche, des savants en robe attendent à droite, une bannière au pélican noir pend derrière le trône, et sous l'arche se voient une église à coupole et des montagnes enneigées

La fondation de l'Université de Klow
Gravure sur bois de bout, XIXe siècle

1298-1303 : Ottokar II et l'Université de Klow

Ottokar Ier, alors très âgé, abdiqua et se retira dans un monastère où il mourut à quatre-vingt-quatorze ans. La couronne passa à son fils Ottokar II, dont le règne dura à peine cinq ans et laissa derrière lui davantage que bien des règnes de quarante ans.

Il fonda l'Université de Klow, ainsi qu'un réseau d'hospices dans les villes de l'intérieur. Il mourut paisiblement en 1303, et la couronne échut à son frère.

Page de manuscrit enluminé à bordure florale : en bas, des cavaliers à grosses moustaches emmènent bœufs, moutons et chèvres sous un pennon rouge à la moustache noire ; au milieu, un village brûle et des paysans fuient avec leurs ballots devant un homme tombé ; en haut, une ville fortifiée à coupole orthodoxe rayée arbore une bannière d'or au pélican noir, les montagnes en arrière-plan

Des pillards bordures emmènent les troupeaux syldaves
Miniature d'une chronique syldave, XVe siècle

1303-1360 : Ottokar III et les razzias bordures

Ottokar III, frère du précédent, régna cinquante-sept ans sans jamais imposer son autorité aux barons que son père et son frère n'avaient pas su soumettre. Les différends frontaliers avec la Bordurie se multiplièrent, et les bandes de pillards passaient à leur gré dans une campagne qu'elles ravageaient saison après saison.

Ce fut un règne d'usure plutôt que d'événements, et l'on en retient surtout ce qu'il rendit nécessaire : l'œuvre d'unification que son successeur entreprendrait en 1360.

Portrait peint du roi Ottokar IV de Syldavie assis sur un trône sculpté, couronne d’or et manteau rouge sur une robe de brocart doré à ceinture ornée, un sceptre d’or dans la main droite

Ottokar IV sur le trône
Huile sur toile par Pavel Tarnas (1936)

1360-1389 : Règne d'Ottokar IV et unification nationale

Ottokar IV (1360-1389) soumit les nobles querelleurs, réforma le royaume et éleva la Syldavie au rang d'État unifié. La devise nationale « Eih bennek, eih blavek » (« Qui s'y frotte s'y pique ») naquit après une confrontation dramatique avec un baron rival, Staszrvitch, qui alla jusqu'à tenter de s'emparer du Sceptre. De cet épisode date l'ostension du Sceptre à la Saint-Wladimir : le Roi le montre chaque année pour rappeler que c'est de sa possession qu'il tire son autorité. Ottokar IV fit aussi édifier la porte d'Istow, à l'entrée nord de Klow. Son règne s'acheva face aux Turcs : en 1381 il rejoignit la coalition des princes chrétiens des Balkans, écrasée à la bataille de Kosovo Polje en 1389, où il fut fait prisonnier et décapité sur l'ordre du sultan Bayazid.

Le Sceptre d'Ottokar →

Peinture de cour indienne : des étrangers pâles et barbus, en hauts chapeaux noirs et longs manteaux, débarquent d'un navire à haut bord portant une bannière d'or au pélican noir, l'un d'eux s'inclinant pour présenter un coffret ; un souverain indien siège sous un dais entouré de courtisans, d'un porteur de parasol et d'un éléphant caparaçonné, tandis que des marchands pèsent les marchandises parmi ballots, coffres et tapis

Des facteurs syldaves reçus à une cour indienne
Peinture moghole, gouache et or sur papier, vers 1600

1390-1463 : Les ports et le comptoir des Indes

Muskar III (1390-1400) tourna le royaume vers la mer. En dix ans, il ouvrit au royaume plusieurs routes de mer et fit bâtir les ports de Douma et Dbrnouk, qui allaient porter le commerce syldave pendant cinq siècles.

Son fils Muskar IV (1400-1463) poursuivit l'entreprise et la mena bien plus loin, en installant un comptoir syldave aux Indes.

Gravure sur bois : des paysans plantent des boutures de vigne sur un coteau en terrasses, l'un bêchant tandis que d'autres calent les échalas ; des mulets de bât montent des fagots de boutures derrière un seigneur en manteau, et au loin s'étendent une rivière et son pont, une ville fortifiée à coupole et des montagnes

Plantation des cépages rapportés de France
Gravure sur bois coloriée à la main, XVIe siècle

1463-1520 : Muskar V et les vignes du Szprädj

Le long règne de Muskar V (1463-1520) s'ouvrit dix ans après la chute de Constantinople, et son acte le plus durable fut entrepris avant même son avènement. Prince de vingt ans, il gagna la France sous un nom d'emprunt, pour y chercher des plants de vigne que le sol syldave accepterait. Il en rapporta la marsanne et la syrah, dont les vins forment l'appellation Szprädj.

Devenu roi, il fit refaire les routes du royaume, restées telles que Rome les avait tracées. C'est au milieu de son règne, en 1479, que la Syldavie passa sous tutelle ottomane, et que la maison royale entama le long siècle où elle régna sous le nom de Milan.

Plat de reliure en argent doré au repoussé : la Crucifixion, la Vierge et saint Jean devant des murailles, un crâne au pied de la croix, dans un large encadrement de rinceaux et de fleurs ; des bossettes en rosace aux angles, dont une manque, et un médaillon en bas à gauche au pélican noir

Plat de reliure d'évangéliaire en argent doré, donation royale
Fin du XVIe siècle

1479-1640 : Tutelle ottomane et les rois Milan

Après une longue résistance, la tutelle de 1479 fut officialisée en 1496, quand le pays fut intégré à l'Empire, en même temps que le Monténégro voisin. Le pays devint un sandjak, sans que la religion de l'occupant soit imposée : les conversions vinrent surtout des plus pauvres, qui échappaient ainsi à la double imposition des non-musulmans et surtout au devchirmé, l'enlèvement d'un enfant sur quarante pour le corps des janissaires. C'est de cette époque que date le paysage religieux syldave, où les églises orthodoxes côtoient les mosquées. La dynastie royale se maintint sans jamais renoncer au christianisme, ses représentants régnant sous le nom de Milan : Milan Ier (1520-1550), sous lequel s'acheva le redressement économique entrepris par Muskar V, Milan II (1550-1597), qui poussa loin l'exportation du cheval de trait syldave, et Milan III (1597-1640), dont le règne s'acheva sur les provocations bordures et une pénurie de grain qu'un hiver trop dur avait causée.

Miniature ottomane : des rangs de janissaires coiffés du haut bonnet blanc, le sultan et son vizir à cheval derrière eux, une foule de serviteurs au premier plan

Janissaires et gardes ottomans, vers 1620
Miniature ottomane, artiste inconnu. Los Angeles County Museum of Art, domaine public, via Wikimedia Commons

1640-1699 : La restauration janissaire et Muskar VI

Les janissaires devinrent à leur tour indisciplinés. En 1648, le roi Milan, héritier de Milan III (1597-1640), sut rallier une révolte de janissaires à sa cause et mit avec eux un terme à la souveraineté, devenue toute théorique, de la Sublime Porte. Il prit alors le nom de Muskar VI (1640-1699), en hommage à Hveghi, le héros national qui avait le premier chassé l'envahisseur. Les listes dynastiques ne le comptent pas parmi les Milan : il n'avait porté ce nom que le temps de la tutelle, et le numéro de Milan IV reviendra au roi de 1770. Les janissaires sont depuis ce jour des héros de l'indépendance syldave.

Photographie d’objet de musée : un kalpak de fourrure brun sombre à calot de velours rouge, portant sur le devant une grande plaque de laiton doré figurant un pélican debout, au long bec à poche, sur un cartouche à volutes ; un gland de cannetille pend à gauche, et la coiffure est montée sur un socle noir devant un fond gris uni

Kalpak de la Garde royale, à la plaque au pélican
Fourrure, velours et laiton doré, XVIIIe siècle. Château de Kropow

1699-1741 : Muskar VII, Kropow et la Garde royale

Les troupes turco-bordures firent un bref retour dans les années 1700, et une république éphémère fut proclamée, avant que Muskar VII (1699-1741) ne reprenne le contrôle du pays avec l'appui des anciens janissaires. Son rapprochement avec l'Empire d'Autriche lui assura une protection suffisante pour éloigner définitivement toute velléité turque de reconquête.

C'est Muskar VII qui fit du château Kropow le lieu de conservation des insignes royaux, au premier rang desquels le Sceptre d'Ottokar. Parce que les anciens janissaires avaient par deux fois contribué à l'indépendance du pays, ils reçurent l'honneur, qu'ils ont conservé jusqu'à aujourd'hui, de garder les symboles de la Couronne. Ils abandonnèrent l'ak börk, trop associé au corps ottoman, pour un kalpak syldave frappé du pélican national ; leur uniforme fut fixé au siècle suivant, sous l'influence de la tenue des hussards.

Peinture de Klow en 1760 : un paysan menant deux bœufs et une charrette bleue chargée de foin sur un chemin, la ville étagée sur les pentes boisées avec ses tours aux toits rouges, une mosquée à coupole et des minarets, une forteresse sur le rocher à droite et un sommet enneigé au fond

Vue de Klow vers 1760, la ville basse et la citadelle
Huile sur toile par Vladan Petrovic (1955)

1741-1809 : Les Lumières syldaves et le Grand-Conseil

Bien que Klow ait été la capitale symbolique depuis le règne de Muskar Ier, ce n'est qu'au milieu du XVIIIe siècle qu'elle devint le cœur administratif du royaume. Un palais, des ministères et les Archives royales y furent établis, renforçant le statut de Klow en tant que centre culturel et politique de la Syldavie.

Le royaume connut alors une longue prospérité. Sur le modèle de Frédéric II de Prusse et de Joseph II d'Autriche, Muskar VIII, dit « le Sage » (1741-1770), s'attacha à être un despote éclairé et développa l'agriculture syldave. Son fils Milan IV, dit « le Bon » (1770-1809), alla plus loin : il tempéra l'absolutisme en entretenant des philosophes à la cour et en créant le Grand-Conseil. Sa prudente neutralité pendant les guerres napoléoniennes préserva l'indépendance du pays.

Lithographie teintée : une locomotive ancienne à haute cheminée amène des voitures en bois dans une gare de montagne ; sur une tribune tendue de bannières d'or au pélican noir, un officier au bicorne à plumes salue une foule en uniformes, costumes traditionnels et fez rouges ; au loin un viaduc et une ville perchée

L'inauguration du premier chemin de fer syldave, 1849
Lithographie teintée, vers 1850

1809-1850 : Muskar IX, l'Autriche et le premier chemin de fer

Mais dès la chute de l'aigle français en 1815, la Syldavie de Muskar IX (1809-1850) se rapprocha de nouveau de l'empire d'Autriche, dont l'influence culturelle marqua durablement la famille royale et la cour. La première voie ferrée du royaume fut posée sous son règne, en 1849. Sa passion du golf donna également au pays le parcours qui reste le plus étendu du continent ; il y institua la Coupe Milan, au nom de son père.

Photographie à l'albumine du percement d'un boulevard à Klow : de hautes façades néoclassiques à balcons de fer s'élèvent des deux côtés, des blocs de pierre taillée, des gravats et des ouvriers avec des charrettes bordent la tranchée, et au-delà la vieille ville avec son bazar couvert, ses minarets et une citadelle sur la colline boisée

Le percement des grands axes de Klow, le boulevard neuf et le vieux bazar
Épreuve à l'albumine sur carton, vers 1865

1850-1867 : Les Archives royales et les percées de Klow

Sous le règne du roi Milan V, la Loi sur la codification des Archives royales établit une norme nationale pour le classement et la conservation des documents d'État. Elle introduisit des systèmes d'indexation permanents, des fiches de transmission tamponnées et la règle de triplication toujours en vigueur aujourd'hui. Elle posa également les bases des Archives universitaires de Sbrodj, consolidant la réputation syldave en matière de rigueur archivistique.

Le même règne vit percer les grands axes de Klow, sur le modèle des travaux du baron Haussmann à Paris. L'entreprise resta partielle : quelques quartiers reçurent des boulevards rectilignes et des façades alignées, tandis que le vieux bazar et les ruelles ottomanes furent laissés en l'état. Klow garde de cette époque son contraste caractéristique, où une avenue du XIXe siècle débouche sans transition sur un marché couvert et ses minarets.

Photographie à l'albumine sur carton piqué : un jeune roi émacié est assis dans un fauteuil de rotin sur une terrasse, enveloppé de la poitrine aux pieds dans une épaisse couverture de voyage à motifs, un chien couché à ses pieds ; un domestique en redingote se tient derrière lui, et au-delà de la balustrade s'étendent une ville dans la vallée et des montagnes enneigées

Le roi Ottokar V à Pau, 1869
Épreuve à l'albumine sur carton

1867-1870 : Le bref règne d'Ottokar V

Ottokar V, fils de Milan V, monta sur le trône en 1867 et fut presque aussitôt empêché de l'exercer. Sa santé se dégrada en quelques mois, et dès l'hiver de cette première année il remit la conduite des affaires à son fils, institué régent.

La tuberculose l'emporta à Pau en 1870, au terme de trois années où il avait régné sans gouverner. Le régent qui avait tenu le pays en son nom lui succéda sous le nom de Muskar X et devait le conduire à son époque moderne.

Chromolithographie : un pavillon néo-baroque à coupole abritant la source de Klow, son fronton portant le pélican noir sur écu jaune, des promeneurs Belle Époque et leurs ombrelles autour du bassin, la ville et un château perché à l’arrière-plan, avec la mention Klow Source Royale

La source royale de Klow
Chromolithographie de la Société royale des Eaux de Klow, vers 1895

1870-1909 : Le Tongo, la source de Klow et la réforme cyrillique

Le règne de Muskar X (1870-1909) vit deux événements décisifs pour l'économie du royaume : la mise en commerce de l'eau de Klow par Wladimir Hônthon et l'expédition du prince Slava de 1871, qui mena la Syldavie au Tongo. Le territoire fut tenu à partir de 1885 comme possession propre du roi, et non du royaume, et ne devint colonie syldave qu'en 1909, lorsque son successeur en céda les droits personnels à l'État. C'est également Muskar X qui institua l'Ordre du Pélican d'Or, en ses trois degrés de chevalier, commandeur et grand-croix, qui demeure la plus haute distinction que le Royaume puisse conférer.

Ce même règne vit une politique d'affirmation culturelle. Dans la veine du panslavisme alors en vogue, accentué par l'influence que la Russie cherchait à avoir dans les Balkans, la langue syldave fut reslavisée par une réforme orthographique, et l'alphabet cyrillique adopté.

Photographie : un hydravion quadrimoteur amarré à un ponton, un pélican noir sur la dérive et SYLDAIR sur la coque ; des passagers en tenue des années 1930 et du personnel au sol entourent les bagages, une vedette attend le long du quai, et derrière s'élèvent un hangar au toit cintré, une aérogare moderne portant le drapeau au pélican, une ville à flanc de colline et des montagnes

La base d'hydravions Syldair à Douma
Photographie, vers 1935

1909-1937 : Muskar XI, le Kursaal et l'aéroport de Klow

Muskar XI (1909-1937) fut musicien avant toute chose. Il fit du violon et de l'accordéon une affaire d'État, dota le royaume d'une académie et éleva le Kursaal, l'opéra qui valut à la Syldavie une réputation lyrique bien au-delà de ses frontières.

Le règne s'acheva sur une ambition d'un autre ordre. La construction de l'aéroport de Klow, aujourd'hui international, revint à son aîné, le prince Viktor, fondateur de la compagnie nationale Syldair et de la base d'hydravions de Douma, que reliait à Marseille un service régulier. Il fit également bâtir à Tongolala un aéroport destiné à desservir l'exploitation du Tongo.

Un ancien coffret à échantillon en chêne, charnières et serrure en laiton, garni de velours olive usé, dont le couvercle porte un porte-étiquette déchiré et vide ; à l'intérieur repose un bloc de minerai gris-noir à surface cristalline bosselée, taché d'altérations jaune ocre, photographié sur fond gris uni

L'échantillon Klaproth
Pechblende dans un coffret de chêne, fin du XVIIIe siècle. Archives Universitaires de Sbrodj

1789-1937 : aux origines de Sbrodj

En 1789, Henrïc Klaproth, chimiste syldave passé au service de la Prusse, analysa un éclat de pechblende rapporté d'une marche au pays et y identifia un élément encore inconnu : l'uranium. La pierre attendit ensuite un siècle et demi que quelqu'un demande d'où elle venait.

Son arrière-petit-fils se fit ouvrir par le roi le droit de fouiller. La mine se trouvait dans le massif des Zmyhlpathes, non loin de la frontière bordure, et la campagne de sondages aboutit. Une ligne de fortifications fut aussitôt élevée le long de la frontière et, plus loin dans les terres, à Sbrodj, le Royaume bâtit le centre qui exploiterait le minerai. Tout ce pour quoi la Syldavie sera plus tard connue dans les sciences commence à cette promenade.

Portrait peint du roi Muskar XII de Syldavie en uniforme de hussard bleu et or à brandebourgs, l’écharpe rouge en travers de la poitrine et deux croix sur le sein, les deux mains posées sur la garde de son sabre, une couronne sur une table à ses côtés sous une tenture drapée

Portrait officiel de Sa Majesté le roi Muskar XII
Huile sur toile par Jozef Nieszka (1937)

1937 : Accession de Muskar XII

Le roi Muskar XI mourut peu après son propre prince héritier. Le prince Viktor s'était tué au Grand Prix automobile d'Angoulême, et la Couronne échut à son frère cadet Muskar XII, alors âgé de quarante-trois ans, que rien n'avait destiné au trône.

La succession, confuse, fut aussitôt mise à l'épreuve : le prince Karamellovitch, lointain cousin des rois de Syldavie exilé en Bordurie, tenta de s'emparer du Sceptre d'Ottokar afin de pouvoir prétendre au trône. La tentative échoua. Le règne qui s'ouvrait allait durer trente-huit ans et conduire le Royaume à travers la crise du Sceptre, l'occupation, Sbrodj et la Lune.

La vie de Muskar XII →

Photographie sépia d’une cérémonie de cour dans une salle du palais : le roi Muskar XII, en uniforme à écharpe et décorations, et la reine Milena, en robe claire et diadème, sont assis sur deux trônes sous une haute bannière brodée d’un pélican noir aux ailes déployées, surmontée d’une couronne ; des gardes royaux en kalpak à plumet se tiennent de part et d’autre et des courtisans en uniforme et en robe du soir emplissent le premier plan, de dos

Le roi Muskar XII et la reine Milena au palais royal de Klow
Tirage argentique d'époque, 1938

1938 : Le Sceptre d'Ottokar et le complot bordure

Lors d'une opération secrète orchestrée avec la complicité de Müsstler, chef de la Garde d'acier, des agents bordures enlevèrent le Sceptre d'Ottokar du château de Kropow le 11 juillet 1938, pour déstabiliser la monarchie à la veille de la Saint-Wladimir. Le complot fut déjoué grâce à l'intervention décisive du journaliste belge Tintin, qui permit de préserver la Couronne. En reconnaissance de ses services, Tintin devint le premier étranger à recevoir l'Ordre du Pélican d'Or. Cet épisode dramatique est désormais commémoré chaque année sous le nom de Journée du Sceptre. Les faits sont de juillet 1938 : l'adaptation qu'en tira Hergé commença de paraître dans Le Petit Vingtième le 4 août 1938 et ne fut réunie en album qu'en 1939, d'où la confusion fréquente sur l'année.

Le Sceptre d'Ottokar →

Photographie en noir et blanc d’une place de marché sous occupation : deux soldats en calot et vareuse, ceinturés et bottés, font face à un homme âgé du pays, en pantalon bouffant, gilet et calotte, qui tient à deux mains un grand récipient de cuivre ; d’autres soldats attendent derrière lui près des tréteaux de bois vides sous des auvents de toile, et au fond des maisons ottomanes aux toits de pierre, un minaret et des collines nues

Le marché de Niedzdrow sous l'occupation
Compagnie de propagande bordure, 1941. Fonds saisis, Archives Universitaires de Sbrodj

1941-1945 : Occupation et Libération

Le 8 mars 1941, la Bordurie, alliée de l'Axe, envahit le Royaume aux côtés de l'armée allemande. Klow tomba, et le pays connut quatre années d'occupation. Muskar XII n'abdiqua pas : il entra en résistance et demeura clandestinement dans son propre pays.

La Syldavie fut libérée le 4 mars 1945, quatre ans presque jour pour jour après l'invasion. La monarchie fut rétablie, le Roi sortit de la clandestinité avec le sceptre qu'il avait gardé en lieu sûr. La date est depuis célébrée comme la Fête de la Libération.

Photographie couleur d'une fusée d'essai, prototype antérieur au programme XFLR, dressée sur son portique d'acier au fond d'une vallée de montagne : coque à damier rouge et blanc, ailerons droits et sans les pieds d'atterrissage de la fusée lunaire, une aire de béton, deux pylônes métalliques, un bâtiment bas, des camions kaki et des silhouettes au pied du portique, un lac turquoise et des versants rocheux boisés à l'arrière-plan, sous un ciel clair

Un prototype de la série qui a précédé XFLR, sur son portique au champ d'essai de Sbrodj, 1951
Diapositive couleur d'origine, Service photographique du Centre de Recherche Atomique de Sbrodj

Années 1950 : Programme de Sbrodj et Triomphe Lunaire

Le Centre de Recherche Atomique de Sbrodj, dissimulé au cœur des montagnes Zmyhlpathes, marqua l'entrée de la Syldavie dans la science atomique pacifique. Il devint également le site de lancement de la première expédition humaine sur la Lune, la mission lunaire syldave du 3 juin 1952. Sous la direction scientifique du Professeur Tryphon Tournesol, un équipage comprenant le reporter belge Tintin et le Capitaine Archibald Haddock posa le pied sur le sol lunaire, dix-sept ans avant Apollo 11. Le triomphe fut assombri par le sacrifice de l'ingénieur Frank Wolff, qui donna sa vie lors du voyage de retour en se jetant dans le vide afin que ses compagnons puissent regagner la Terre. Le sort s'acharna aussi sur les images : la retransmission en direct fut interrompue au bout de douze minutes, et la pellicule exposée sur la Lune fut détruite lors de la rentrée dans l'atmosphère. Des premières photographies jamais prises sur la Lune, il ne subsiste qu'une poignée de négatifs voilés. C'est par les adaptations en bande dessinée d'Hergé, et non par la photographie, que le monde découvrit le Triomphe Lunaire.

Le Triomphe Lunaire →

Portrait en noir et blanc d'Auguste Piccard, physicien et explorateur

Le Professeur Tournesol, photographié sous le pseudonyme « Auguste Piccard »
Suisse, 1932. Source : Bundesarchiv

1956 : L'Affaire Tournesol

Quatre ans après le Triomphe Lunaire, le Professeur Tryphon Tournesol, chef de la Section astronautique de Sbrodj, fut enlevé en Suisse par des agents bordures cherchant à exploiter ses recherches révolutionnaires sur les ultrasons à des fins militaires. La crise fut résolue grâce à l'intervention de Tintin et du Capitaine Archibald Haddock, qui obtinrent la libération du professeur depuis la forteresse de Bakhine. L'affaire accentua les tensions avec la Bordurie et renforça la protection accordée aux installations et aux scientifiques de Sbrodj. Le refus obstiné du Professeur Tournesol de coopérer avec ses ravisseurs consacra son statut de héros national.

Photographie de la Reine-Mère Valeska en grand deuil et mantille de dentelle, la main sur l’épaule du jeune roi Ottokar VI, qui porte l’écharpe jaune et la plaque d’un ordre syldave, gardes à plumet et fleurs d’obsèques derrière eux

Sa Majesté la Reine-Mère Valeska et le jeune Ottokar VI aux obsèques de Muskar XII
Photographie de Marko Vlednik, Agence de Presse Royale Syldave (APRS), septembre 1975

1975 : Succession de Muskar XII

À la mort de Muskar XII en 1975, son fils aîné Milan avait depuis plusieurs années renoncé à ses droits dynastiques pour se consacrer à la vie religieuse. Archevêque de Klow, Abbé du Cloître Saint-Wladimir et Nonce Apostolique pour la Syldavie, il resta à l'écart de la succession. La Couronne revint donc à son cadet, le jeune prince Velimir d'Almaszout, encore enfant, qui fut proclamé roi sous le nom d'Ottokar VI. La Reine-Mère Valeska, assistée du Conseil Royal, assura la régence et veilla à la stabilité des institutions comme à la continuité monarchique.

Photographie de la ratification de la Constitution syldave : quatre hommes en fez et gilets brodés autour d’une table, l’un d’eux signant un grand registre, le drapeau national noir et jaune à leurs côtés

Signature de la Constitution
Photographie de S. Jakubov (1987)

1987 : Nouvelle Constitution, Douma renforcée

À la suite de la grande manifestation du 12 janvier 1987, dite « Printemps syldave », une nouvelle Constitution entra en vigueur, réaffirmant les droits civiques et la séparation des pouvoirs, renforçant la Douma et consacrant une monarchie cérémonielle. C'est Ottokar VI, parvenu cette année-là à sa majorité, qui en décida l'adoption : la régence de la Reine-Mère Valeska prenait fin et le Roi entrait en règne personnel.

Elle demeure la base du régime actuel : la Douma gouverne et légifère, tandis que la Couronne conserve ses fonctions constitutionnelles et cérémonielles. La Constitution est symboliquement réaffirmée chaque année lors de la Saint-Wladimir, avant la procession royale dans Klow.

Photographie officielle du roi Ottokar VI en uniforme sombre, portant l’écharpe jaune et le collier d’un ordre syldave, l’étendard au pélican noir sur fond jaune derrière lui

Sa Majesté Ottokar VI, portrait officiel
Photographie de Katarinak Blenkantow, Klow, 2000

2000 : Le tournant de la modernisation

Au tournant du siècle, le règne d'Ottokar VI ouvrit une ère de modernisation et de rapprochement avec l'Occident, en particulier dans les domaines de la science et de l'enseignement supérieur.

Treize années s'étaient alors écoulées depuis la majorité du Roi. La Syldavie que découvrait le siècle nouveau était celle de ses laboratoires et de ses universités, fidèle à une tradition savante qui allait de la fondation de l'Université de Klow, sept siècles plus tôt, aux travaux de Sbrodj.

L'année vit aussi s'ouvrir, dans la plus grande discrétion, une affaire sensible touchant une personnalité liée à feu le roi Muskar XII. Le Consulat de Bangkok en instruisit le dossier, resté sous scellés jusqu'en 2025.

Cinq membres de la délégation syldave devant la façade de verre incurvée du Berlaymont, deux d’entre eux coiffés du fez rouge, une rangée de drapeaux de l’Union européenne et le drapeau syldave sur leurs mâts derrière eux, Bruxelles, 2010

Délégation syldave devant le Berlaymont, Bruxelles, 2010
Photographie : Ministère des Affaires Étrangères de Syldavie

2010 : Intégration européenne en sommeil

Engagée dès 1992 au sein du Conseil de l'Europe et de la Convention européenne des Droits de l'Homme, la Syldavie envisagea un temps un rapprochement plus poussé avec l'Union Européenne. Entre 2007 et 2010, un programme d'apaisement avec la Bordurie (incluant un projet commun de nucléaire civil) permit même aux deux États de participer, à titre expérimental, à certains travaux de la Commission européenne. Cette parenthèse fut refermée en 2010, à la suite d'un incident militaire à la frontière, et du non-respect persistant des critères budgétaires. Depuis lors, le processus de rapprochement demeure au point mort, tandis que le royaume poursuit sa coopération avec ses partenaires européens par d'autres voies.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale française au Palais Bourbon, à Paris

L'hémicycle de l'Assemblée nationale, Paris
Photographie, domaine public

2011 : Le Sceptre dérobé une seconde fois

En juillet 2011, autour de la Saint-Wladimir, des troupes bordures furent massées à la frontière syldave, sous l'autorité du général Boris Stefanovitch Plekszy-Gladz, chef de l'État bordure depuis 2003, et le spectre de la guerre se profila une fois encore. L'escalade ne s'arrêta pas là : le 25 octobre 2011, le Sceptre d'Ottokar fut dérobé, comme en 1938. Or, sans le sceptre, le roi perd le droit de régner : c'était la Couronne elle-même qui était en jeu.

La crise, aux portes orientales de l'Union européenne, fit redouter aux chefs d'État et de gouvernement l'apparition d'une « nouvelle Bosnie ». Elle fut évoquée à Bruxelles le 23 octobre, et l'Assemblée nationale française lui consacra deux jours plus tard une séance entière, au cours de laquelle fut annoncé le vol du sceptre. Les Vingt-Sept ne s'accordèrent pas sur une approche commune. La réponse décisive ne vint pourtant pas des discours mais de la Belgique : le travail du SGRS, en collaboration avec la ZEPO syldave, permit de déminer la situation, face à leurs homologues bordures de la ZEP. Le sceptre revint par ces mêmes services ; le détail n'en a jamais été rendu public. L'épisode est reconstitué par Gérald Arboit, du Centre français de recherche sur le renseignement, dans La guerre secrète belgo-borduro-syldave.

Le Sceptre d'Ottokar →

Klow aujourd’hui, une avenue moderne avec tramway, bannières civiques, terrasses de café, et les minarets et la forteresse de la vieille ville à l’arrière-plan

Klow aujourd'hui : l'avenue, le tramway et la vieille ville au-dessus
Photographie : Agence de Presse Royale Syldave (APRS), 2026

Aujourd'hui : Continuité et présence internationale

Proclamé roi à cinq ans en 1975, Ottokar VI règne depuis plus d'un demi-siècle : aucun souverain n'avait porté la couronne aussi longtemps depuis Muskar VI, dont le règne s'acheva en 1699. La monarchie est cérémonielle, la Douma légifère, et c'est par ses ambassades et ses consulats, non par ses armes, que le Royaume se fait aujourd'hui connaître au dehors.

Les tensions avec la Bordurie n'ont pas disparu, mais elles sont surveillées de près. Et le pays continue de chercher : de la pechblende des Zmyhlpathes à la Lune, puis de la Lune à l'intelligence artificielle, où il s'est engagé avec SYLVIA.

Le Sceptre d'Ottokar a été dérobé deux fois, en 1938 et en 2011 ; deux fois il est revenu. Chaque année, à la Saint-Wladimir, le Roi le montre de nouveau. Neuf siècles durant, la souveraineté syldave s'est prise et reprise les armes à la main ; elle se renouvelle aujourd'hui au rythme d'une cérémonie, et le Royaume entend bien qu'il en aille longtemps ainsi.

Crédits

Compilé par le Consulat à partir de :

  • Les Archives royales de Syldavie, château de Kropow.
  • Arboit, Gérald, CF2R, La longue guerre secrète belgo-bordure, 2011 : la guerre secrète de 2011.
  • Elphara, Kcets, Institut des Hautes Études Religieuses, Université Ottokar II, Klow, Saint Wladimir, Saint Patron de la Syldavie, sa vie et son culte : saint Wladimir et la source de Klow.
  • Fabry, Jonathan, La colonisation du Tongo par la Syldavie (1871–1956) : la colonie du Tongo.
  • Fabry, Jonathan, Presses Universitaires de Klow, 2021 : Histoire de la Syldavie, de l'Antiquité à nos jours et son étude du Sceptre d'Ottokar.
  • Goddin, Philippe, Chronologie d'une œuvre, vol. 3, et vol. 6 : les albums d'Hergé.
  • Assouline, Pierre, Le Monde, 27 octobre 2011 : la séance de l'Assemblée nationale.

Sauf mention contraire dans la légende, les peintures, estampes, manuscrits et pièces d'orfèvrerie proviennent de la collection permanente du Musée Royal de la Mémoire Nationale, et les photographies des Archives Universitaires de Sbrodj.

Ces pages restent un travail en cours ; les corrections et les compléments sont les bienvenus.

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