Le 18 septembre, Luc Gilson a consacré à Tintin son podcast Astéroïde, sur RTL Info : un entretien de huit minutes avec Pierre-Emmanuel Paulis, instructeur à l'Euro Space Center et président de la Mars Society Belgium, intitulé Comment Tintin est devenu une icône de la conquête spatiale.

Il ouvre l'entretien en des termes que le Consulat n'aurait pas mieux choisis : « L'Histoire nous dit que c'est Youri Gagarine qui était le premier homme dans l'espace. Mais nous, les Belges, on sait que ce n'est pas tout à fait vrai. Le premier, c'était bien sûr Tintin. »

Le Consulat prend acte.

Que ce rappel vienne d'un journaliste belge, à l'antenne, et non d'un communiqué du Consulat, mérite d'être dûment consigné dans les archives de Sbrodj.

L'entretien rappelle également que Neil Armstrong aimait à dire qu'il avait été le premier homme sur la Lune, après Tintin. L'hommage des astronautes américains est, lui, bien documenté : un exemplaire d'On a marché sur la Lune signé par Hergé et six astronautes du programme Apollo a battu en 2025 le record mondial aux enchères pour un album de Tintin.

Le Roi et le dessinateur

Pierre-Emmanuel Paulis replace le projet d'Hergé dans l'immédiat après-guerre. Le dessinateur cherche alors quelque chose d'extraordinaire pour faire rêver ses lecteurs.

Il n'a pas à chercher loin. En 1946, Muskar XII décide d'investir massivement dans la recherche scientifique et fait développer le Centre de Recherche Atomique de Sbrodj. Hergé ne tarde pas à avoir connaissance des travaux engagés en Syldavie et y voit l'occasion rêvée : emmener ses lecteurs sur la Lune, loin des horreurs de la guerre.

Pour préparer son récit, Hergé étudie notamment L'Astronautique d'Alexandre Ananoff, lui écrit et le rencontre. À l'époque, les rares fusées dont on possède de bonnes photographies sont les A4 allemandes, mieux connues sous le nom de V2. Le champ de tir de Sbrodj, placé sous protection militaire, ne livre évidemment aucune image exploitable.

La situation change en 1950, et le studio se met à constituer sa propre documentation. En 1951, Arthur Vannoeyen construit pour les studios Hergé une maquette détaillée de l'intérieur de la fusée, d'après laquelle Bob De Moor dessine les décors sous tous les angles, afin que les déplacements des personnages restent cohérents d'une case à l'autre. En février 1952, Hergé emporte la maquette à Paris pour la montrer à Ananoff. La matière sera finalement suffisante pour deux albums.

Des carreaux et des jumelles

Pierre-Emmanuel Paulis rappelle aussi que le célèbre damier de la fusée n'est pas décoratif. À Peenemünde, certaines A4 étaient peintes en noir et blanc afin que les ingénieurs puissent, à distance et aux jumelles, observer leur rotation pendant l'ascension. Sbrodj conserva le principe, en rouge et blanc.

Autre réussite relevée dans l'entretien : l'apesanteur. Quand l'un des Dupondt coupe par mégarde le moteur atomique, l'accélération cesse, la pesanteur artificielle avec elle, et le whisky du capitaine Haddock quitte son verre pour flotter en boule dorée au milieu du poste de pilotage. Hergé fait flotter ses personnages, les retourne, puis les précipite au sol lorsque le moteur repart. Pour Pierre-Emmanuel Paulis, qui assista au départ de Dirk Frimout depuis le Kennedy Space Center, l'atmosphère du lancement est elle aussi remarquablement juste : départ nocturne, contrôles, fusée éclairée au loin, compte à rebours et inquiétude des proches.

Le Consulat confirme : c'est bien l'atmosphère de Sbrodj dans la nuit du 3 juin 1952.

L'influence des albums ne s'arrête d'ailleurs pas là. Selon Pierre-Emmanuel Paulis et Dirk Frimout, Tintin a trouvé sa place jusque dans les bureaux des astronautes à Houston, tandis que des albums et objets à son effigie ont voyagé à bord de la navette spatiale.

L'entretien va toutefois jusqu'à attribuer à Hergé la phrase prononcée par Tintin lorsqu'il pose le pied sur la Lune.

Le Consulat l'attribue à Tintin.

Quatre précisions

Le Consulat se doit néanmoins, en toute courtoisie, d'apporter quatre précisions.

La traversée, d'abord. Pierre-Emmanuel Paulis cite parmi les libertés prises par Hergé un voyage Terre-Lune d'environ quatre heures, contre trois jours pour Apollo. Le journal de bord de Sbrodj indique un décollage à 1 h 34, le 3 juin 1952, suivi d'un alunissage dans le cratère Hipparque quelques heures plus tard. Le Consulat confirme donc les quelques heures. Les trois jours d'Apollo regardent Apollo.

Les carreaux, ensuite. L'entretien évoque finalement une seconde explication au damier, empruntée au drapeau d'un pays étranger. Les archives de Sbrodj ne permettent pas de retenir cette hypothèse. Le Consulat s'en tient aux jumelles.

Le visionnaire, encore. L'entretien fait d'Hergé un précurseur. Interrogé plus tard sur ce point, l'intéressé répondait : « En fait de précurseur, il y a eu un certain Jules Verne. Moi je n'ai fait que romancer des bouquins qui existaient déjà, en particulier L'Astronautique d'Alexandre Ananoff. » Le Consulat souscrit, et ajoute à la liste des choses romancées une expédition lunaire syldave.

L'arithmétique, enfin. Le 29 novembre, Pierre-Emmanuel Paulis donnera une conférence intitulée Apollo 11, seize ans après Tintin. Seize ans, c'est le compte des albums : Objectif Lune et On a marché sur la Lune paraissent en 1953 et 1954. L'expédition de Sbrodj, elle, date de juin 1952 ; Apollo 11 alunit le 21 juillet 1969.

Dix-sept ans, donc. Le Consulat ne doute pas que l'année manquante sera retrouvée d'ici la conférence.

Rendez-vous à l'Euro Space Center

Cette conférence aura lieu lors de la journée d'automne des Amis de Hergé, organisée avec Tintinogeek, le dimanche 29 novembre à l'Euro Space Center de Transinne, en province de Luxembourg.

Après Spa en 2025, l'association propose cette année une journée consacrée à l'espace : visite du centre, activités, conférences, rencontres et repas en commun.

Trois conférences sont annoncées. À 10 h, Pierre-Emmanuel Paulis, qui dédicacera aussi ses albums de Tania : Apollo 11, seize ans après Tintin. À 11 h, Vladimir Pletser, ancien responsable du programme de vols paraboliques de l'Agence spatiale européenne : L'impesanteur dans l'œuvre de Hergé. À 13 h, Alexis Dos Santos, créateur du prototype de la fusée LEGO : L'histoire de la fusée lunaire en LEGO. Accueil à 9 h, fin du programme à 16 h ; réservation auprès du secrétariat des Amis de Hergé. Le Consulat, qui a publié sa propre reconstitution de l'incident du whisky, suivra la conférence de 11 h avec une attention particulière.

Cette rencontre s'inscrit dans une actualité particulièrement spatiale autour de Tintin, entre Gravity, l'avion de Brussels Airlines aux couleurs de la fusée, le projet LEGO et les rendez-vous annoncés à l'approche du centenaire de 2029.

Le Consulat aurait volontiers rejoint Transinne. Il garde de la Journée de Nivelles un souvenir que les registres qualifient d'ému. Il ne pourra malheureusement pas être présent cette fois : l'allocation de déplacement du Consul pour l'exercice 2026 est épuisée, notamment après la visite du Musée Imaginaire Tintin à Spa.

Cette dépense fera naturellement l'objet d'un prochain rapport.

En attendant, les lecteurs, belges ou non, peuvent réviser leur histoire spatiale avant le 29 novembre : le dossier Le Triomphe lunaire retrace l'expédition de 1952 étape par étape, avec les reconstitutions du programme et les six photographies rescapées.